La croisée des destins

 

Chapitre 7 : Surprise au ranch

 

 

            Deux jours s’étaient écoulés depuis notre arrivée au ranch. Tout le monde se montrait gentil avec nous, même parfois un peu trop gentil. Et, peu importe à qui je le demandais, ils se renfrognaient tous quand je parlais d’Éclipse et d’Orage. Mes chevaux semblaient s’être bien adaptés à ce nouveau style de vie. Bon, il était vrai que Éclipse avait, quand même, tiré une drôle de tête quand il avait vu une vachette qui s’était échappé d’un des pâturages. Il n’avait pas aimé du tout cette première rencontre. Ca promettait !!!

 

            Nous étions tous assis à table, pour le petit déjeuner, quand la porte s’ouvrit et Tom et mon oncle apparurent. Ils étaient partis très tôt pour l’aéroport Lincoln, pour chercher la nouvelle.

 

            “Bon, je vous présente notre nouvelle invité qui va nous faire le plaisir de sa compagnie pendant ces deux prochains mois !” lança mon oncle.

 

            Léa et moi nous retournâmes pour voir la nouvelle venue. Je restai pétrifié d’horreur et de colère. Car la fille, au long cheveux châtains et aux yeux marrons qui s’était figée sur le seuil de la porte, en nous apercevant, n’était autre que... Leslie Cooper.

 

            “Leslie ?”

 

            Léa et moi, nous nous étions exclamées en même temps.

 

            “- Cécilia ? Léa ? s’étonna t elle à son tour, l’air un peu troublée.

 

             - Ah, vous vous connaissez ? s’enthousiasma mon oncle. Tant mieux !

 

             - Ouais, on se connaît !” répondis-je sèchement, en me retournant.

 

            Le repas se passa dans une ambiance tendue. Je ne desserrai pas les dents, me retenant pour ne pas hurler. La rancune que j’éprouvais pour ce qu’elle avait fait subir à mon cheval, me hantait.

 

            Le petit-déjeuner achevé, tandis que Leslie prenait ses aises dans sa chambre et après que Léa et moi ayons aidées Maria à débarrasser, je sortis dehors avec Charles tandis que Léa partait donner un coup de main à Antoine. Il m’emmena jusqu’à un petit étang, en contrebas de leur propriété.

 

            “- On dirait que vous ne l’aimez pas cette nouvelle ! remarqua-t-il, au bout d’un moment.

 

             - Oh, comment t’as deviné ? répliquai-je.

 

             - Qu’est-ce qu’elle vous a fait ? s’étonna-t-il.

 

             - C’est pas tes affaires ! grommelai-je.

 

             - Si t’as pas envie d’en parler, rien ne t’y oblige, cousine, mais je suis sûr que ça te soulagerai d’en parler !”

 

            Je lui adressai un regard en coin. Il était étendu sur le dos, dans l’herbe verte, mâchouillant son éternel brin de paille, les bras derrière la tête, observant le ciel.

 

            “- Pourquoi te le dirai-je alors que, vous, vous ne voulez pas me répondre ! remarquai-je.

 

             - Répondre à quoi ?

 

             - Tu sais très bien de quoi je parle, Charles ! m’emportai-je.

 

             -  Ah, tu parles de ça ! réalisa Charles, après m’avoir regardé d’un air perplexe. Je suis désolé ! J’aimerai bien t’expliquer, mais ça serait trop dur ! Ce n’est pas à moi de te dire ça ! Ton père ne t’en a pas parlé non plus, à ce que je vois !”

 

            Il paraissait sincère. Ma colère s’envola.

 

            “- Tu sais pourquoi, je n’aime pas Leslie ? Parce qu’elle a battue Éclipse ! lâchai-je.

 

             - Elle a frappée Éclipse ? s’exclama mon cousin, en se relevant soudain. Et qu’est-ce qui s’est passé ?

 

             - Éclipse l’a mal pris, évidemment...!

 

             - Personne ne frappe les fils d’Orage ! marmonna mon cousin, entre ses dents. Du moins, pas sans le regretter !

 

             - Il s’est cabré, à cassé sa longe et aurait tué la fille si je n’étais pas arrivée à temps ! continuai-je, ignorant la remarque de mon cousin. Mais, ce n’est que la dernière raison ! La première, c’est dû à une rivalité entre Éclipse et Émir, son étalon, à cause d’une bagarre de paddock ! Et puis, en plus c’est une pimbêche et une prétentieuse de première !

 

             - Tu la juge peut-être un peu vite, non ? D’accord...! ajouta-t-il précipitamment, en voyant que je m’apprêtai à dire un truc vraiment méchant. D’accord elle a frappé ton cheval, mais tu ne t’ai pas demandé pourquoi elle avait agit ainsi ?

 

             - Par colère ! Mon cheval avait battu le sien, en concours ! répondis-je.

 

             - Peut-être ! Mais ça peut-être aussi quelque chose de plus profond !

 

             - Comme quoi ?

 

             - Ben, quand je l’ai vu, tout à l’heure, elle paraissait timide et réservée, et non pas pimbêche et prétentieuse ! Peut-être que c’est l’influence de ses parents qui la faisait agir comme ça ! Tu devrais peut-être lui laisser une deuxième chance !

 

             - Jamais !!!

 

             - Tu es aussi butée qu’Orage ! remarqua mon cousin en se levant. Bon, j’ai du boulot ! J’te ramène au ranch ?

 

             - Non ! marmonnai-je.

 

             - D’accord ! soupira-t-il. Quand tu seras plus calme, essaye de réfléchir à ce que je t’ai dit, d’accord ?”

 

            Sur ce, il partit, me laissant seule au bord de l’étang, songeuse. Il avait raison, d’accord ! Mais j’avais trop de rancune pour pardonner à Leslie. Finalement, je remontai au ranch et partit m’installer sur la barrière de l’enclos où, ce matin, j’avais lâché mon étalon. Ne le voyant nul part, je rentrai dans le pré et sifflai. Aussitôt, un hennissement joyeux retentit, bientôt suivit par le roulement d’un galop. Mon étalon apparut alors, de la petite ravine qui se trouvait à l’autre extrémité du pré, et vint vers moi au galop. Il était vraiment magnifique. Cette nouvelle façon de vivre lui faisait le plus grand bien. Il ralentit et s’arrêta devant moi, les yeux pétillants. Je m’approchai de lui, attrapant sa crinière au passage, et me hissai sur son dos. Dès qu’il sentit mon poids sur son dos, il partit au pas. Assujettissant mon équilibre, je serai les jambes, faisant accélérer mon cheval qui prit le trot. Ayant une grande expérience des chevaux, j’avais appris à diriger mon cheval, rien que par le poids de mon corps, si bien que, même sans filet ou licol, je dirigeais Éclipse où je voulait. Je lui fit donc faire quelques cercles et autres figures dans le vaste pré, l’étalon obéissant docilement à mes injonctions. Je le remis au pas et après l’avoir laissé marché un petit moment, je lui donnait l’ordre qu’il attendait avec impatience : le départ au galop. Il s’élança tout de suite, avec allégresse. Assise sur son dos, je savourai également ce moment de liberté. Au bout d’un moment, je me couchai sur l’encolure. Aussitôt, Éclipse accéléra son galop. Il était vraiment très rapide. Au bout d’un moment, je me redressai sur le dos de ma monture. Il ralentit immédiatement, repassant à un galop de travail, puis au trot, et enfin au pas. Je le laissais ensuite aller où bon lui semblait. Il s’était arrêté et broutait tranquillement, tandis que, toujours sur son dos, je le caressais. Une brise légère soufflait. Le vent tourna soudain. Je sentis alors Éclipse se tendre. Mon étalon leva le tête, les naseaux dilatés, et lança un long sifflement, un hennissement de défi, la tête tournée vers les montagnes.

 

            “Qu’est-ce qui t’arrive mon bonhomme ? marmonnai-je, alors qu’Éclipse tournait la tête vers moi. Bon, c’est pas tout ça mais ça ne dérangerait pas “monsieur” de me déposer près de la porte ?”

 

            Sur ce, je le talonnai doucement et il partit au trot, vers la porte. En arrivant, j’eu la désagréable surprise de voir Léa, Charles et... Leslie, assis sur la barrière. Quand Éclipse l’aperçut, il fit un brutal écart. Je parvins à le ramener vers la barrière, de manière à ce qu’il ne puisse voir l’adolescente et l’arrêtait près de Léa.

 

            “- Il a une sacré pointe de vitesse ton Éclipse ! me lança Charles.

 

             - Attends, il a encore le temps de se perfectionner ! Il n’a que quatre ans ! répondis-je en descendant d’Éclipse, et en lui caressant l’encolure. Et, arrête, Éclipse ! ajoutai-je en souriant, tandis que l’étalon reniflait mes poches à la recherche d’une carotte. Oui, mon gros, tu sais que j’ai une carotte pour toi, hein ?” annonçai-je en la sortant de ma poche et en la lui tendant.

 

            Ayant pris sa récompense, Éclipse resta à côté de moi, tandis que je discutai avec Charles et Léa.

 

            “- Papa m’a demandé si ça vous disais que je vous emmène faire un petit tour de repérage, dans les environs ! Ca vous tente ?

 

             - Bien sûr, Charles !

 

             - Vous aurez qu’à prendre Éclipse et Casiopée ! Enfin, si tu veux prêter Casiopée à ton amie, ce que je n’en doute pas !

 

             - Pour qui tu me prends ? répliquai-je. C’est ce qui était prévu ! Et puis, Casiopée connaît très bien Léa ! Donc, elle n’aura aucun problème pour la monter, n’est-ce pas Léa ?

 

             - Normalement !

 

             - C’est même certain ! Bon, on part quand ? me renseignai-je.

 

             - Après le déjeuner ! Ca vous va ?

 

             - Pas de problème !

 

             - Bien ! Je vous laisse, j’ai un petit truc à faire ! Léa, viens donc me donner un coup de main, pendant que Cécilia finit de s’occuper d’Éclipse !” lança Charles en quittant la barrière.

 

            Léa, suivant mon cousin, je me retrouvai seule, avec Éclipse et... Leslie. Je maudis mon cousin, en comprenant où il voulait en venir. Je commençai donc à éloigner mon étalon de la barrière.

 

            “Cécilia ?”

 

            Je fis comme si de rien n’était.

 

            “- Cécilia ?

 

             - Quoi ? Qu’est-ce que tu me veux ? bougonnai-je, contrariée.

 

             - Je...Je...Je voulais... m’excuser pour ce qui s’est passé... au concours ! lâcha-t-elle.

 

             - Et tu crois que j’ai beaucoup de chance de te pardonner ? lançai-je, abruptement, appuyée contre Éclipse, les bras croisés.

 

             - Tu...Tu avais raison ! J’étais incapable de tenir Émir !”

 

            Là, c’était une première. Elle admettait son erreur.

 

            “- J’aurai dû respecter les consignes de sécurité au paddock...!

 

             - Oui, et alors ? Moi je parle de ce que tu as fait à Éclipse ! répliquai-je.

 

             - Je suis désolé ! Je n’ai pas réfléchi ! Mais mes parents espèrent tant de moi ! La survie de leur club dépend de mes bons résultats ! Et puis, ils m’ont menacé de m’envoyer en pension, si je ne gagnais pas ce concours, car Émir étant un cheval de prix, ils ne pouvaient pas admettre qu’Émir fasse une erreur ! Et j’en était donc responsable ! Mes parents ne pouvaient accepter qu’un cheval d’origines “bâtardes” comme le tien, puisse battre Émir ! Si bien que le mauvais parcours que j’ai fait m’a fait un peu craquer et j’ai agis sans trop m’en rendre compte ! J’étais aveuglée par la colère ! Tu comprends ?

 

             - Oui, je comprends !

 

             - Alors, tu n’es pas obligée de me pardonner, mais au moi, je me serai excusée !”

 

            Elle paraissait vraiment désolée ! je repensai à ce que Charles m’avait dit. Je m’approchai d’elle.

 

            “- Je te crois...!

 

             - Merci de bien vouloir m’accorder une nouvelle chance ! s’exclama Leslie, un sourire venant éclairer son visage.

 

             - ...Mais, Éclipse, lui, n’est pas près de te le pardonner ! poursuivis-je, désignant mon cheval.

 

             - Je comprends ! Nous sommes parties sur de mauvaises bases ! Moi, c’est Leslie Cooper ! ajouta-t-elle en me tendant la main.

 

             - Cécilia Merrier ! répondis-je en lui serrant la main. Alors, qu’est-ce qui t’emmène dans ce coin ?

 

             - Mon père, pour me punir, a décidé de m’envoyer ici, pour me changer les idées et apprendre les bonnes manières ! Et puis, ton oncle étant un bon ami à mon père...! Mes parents ont aussi envoyé Émir, histoire que je règle mes problèmes avec lui ! Mais, je n’y arriverai jamais toute seule !

 

             - Je pourrai t’aider avec lui, si tu veux ! proposai-je.

 

             - Je voudrai bien, car tu te débrouille bien avec ton étalon !

 

             - Eh, j’te préviens, j’te promet pas l’impossible ! Mais je veux bien essayer ! Au fait, il est où, je ne l’ai pas encore vu !

 

             - Il est arrivé, il y a six jours, bien avant moi, et avant vous ! Il est installé dans l’écuries des étalons ! On peut aller le voir si tu veux ?

 

             - Pourquoi pas !”

 

 

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